Du solaire à 2 cents le kWh, vraiment?

La fin de l’année 2017 a été marquée par divers appels d’offres pour des centrales solaires emportés pour des montants de l’ordre de 2 cents du kWh. Ces projets, situés en Arabie saoudite, au Mexique et au Chili, ne reflètent pas les prix pratiqués en Europe (4,67 cents pour les plus récents contrats, attribués en Allemagne en février 2018). Leurs promoteurs peuvent-ils vraiment livrer la marchandise, et dans quelles conditions? Quels sont les risques?

La première chose à noter, c’est que les sites retenus pour ces projets sont particulièrement avantageux. Ils offrent un excellent ensoleillement, des terrains à faible coût et une main-d’œuvre bon marché, ce qui contribue à abaisser le coût de revient. Ils ont aussi accès à des capitaux à faible taux, ce qui réduit les coûts de financement.

Mais il y a plus, selon Jeb Bailey, un spécialiste américain des politiques énergétiques. Ces appels d’offre à très bas prix ne reflètent pas l’état actuel de la technologie solaire, mais les attentes que l’on entretient face à ses coûts futurs. Le projet saoudien doit être livré en 2019, le mexicain en 2020 et le chilien en 2024. Les promoteurs parient en fait sur la baisse des coûts de la technologie photovoltaïque (PV) d’ici ces dates de livraison, ainsi que sur leur niveau de bénéfices.

PV-cost-compare-chart

Ce tableau très complexe montre les relations entre le coût de la technologie PV, le prix des contrats et le taux de retour (financier, pas énergétique) sur l’investissement. On peut l’interpréter pour dire qu’un projet de PV à 2 cents en 2020 serait à peine profitable, rapportant un maigre bénéfice de 3 % sur le capital en supposant que la durée du contrat est de 20 ans.

Sur cette base le contrat saoudien à 2,34 cents pour 2019 paraît destiné à ne pas faire ses frais et celui à moins de 2 cents au Mexique pour 2020 paraît pour le moins risqué. Par contre, le contrat à 2,148 cents au Chili en 2024 est un investissement fantastique, si la baisse du prix du PV continue à diminuer au rythme actuel.

PV-historical-cost-component

Mais cette baisse soutenue des prix se maintiendra-t-elle? C’est toute la question. Les promoteurs saoudiens et mexicains misent de toute évidence sur une baisse plus rapide que la tendance des dix dernières années. Est-ce réaliste? Cet autre tableau montre la tendance des prix de 2010 à 2017 et la part de chaque composante des projets (main-d’œuvre, convertisseur, panneaux solaires…).

Certaines projections n’hésitent pas à prolonger cette tendance jusqu’en 2025. Mais c’est loin d’être certain, estime Bailey. Ces baisses de coût se fondent sur une maîtrise croissante de la technologie qui découle elle-même d’une croissance exponentielle de la capacité installée. Autrement dit, comme la capacité installée ne double plus à un rythme aussi rapide qu’aux débuts, l’apprentissage est plus lent et le rythme des réductions de coûts est appelé à ralentir lui aussi.

En somme, les contrats à 2 cents du kWh existent, mais leurs promoteurs prennent d’énormes risques et pour les deux prochaines années, les bénéfices seront minimaux dans le meilleur des cas. Or, comme je l’expliquais dans un autre de mes billets, la compétition forcenée entre promoteurs et la faible rentabilité des projets constituent un réel frein au déploiement rapide des énergies renouvelables. Les contrats à 2 cents ne sont donc pas représentatifs de l’état actuel de la technologie PV et ne constituent pas forcément non plus une si bonne nouvelle à long terme.

 

Sources :

 

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