Il faudra 2 830 ans pour restaurer les sites pétroliers de l’Alberta

Au rythme actuel, les travaux de fermeture des 250 000 puits de pétrole et de gaz hors service en Alberta pourraient s’échelonner sur… 2 830 ans. C’est du moins ce qu’a récemment laissé entendre le responsable de ce dossier à l’agence albertaine de réglementation de l’énergie, Rob Wadsworth, qui a également déploré la faiblesse des lois en vigueur, qui mène la province vers un désastre écologique et financier. La restauration des sites pétroliers coûtera des sommes colossales et les réserves financières constituées à cette fin sont grossièrement insuffisantes.

L’Alberta compterait près de 343 000 puits de pétrole et de gaz. Sur ceux-ci, 150 000 sont inactifs (ne sont plus exploités, sans être rebouchés) ou abandonnés (rebouchés de manière définitive et sûre). On est également sans nouvelles d’environ 100 000 puits qui ne paient plus de redevances et qui ne produisent sans doute plus d’hydrocarbures.

La loi exige la remise en état de ces sites par les entreprises pétrolières responsables, mais n’impose pas de délai maximal pour le faire. Elle force aussi les entreprises à contribuer à un fonds de remise en état, mais les versements peuvent être différés. On ne s’entend pas sur le coût du nettoyage : 27 milliards de dollars selon l’industrie, 57 milliards selon le gouvernement. Mais la contribution réelle de l’industrie n’a pas dépassé 1,6 milliard de dollars jusqu’ici. Autant dire que la cagnotte est vide.

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L’état des lieux

Les nouvelles données compilées par l’agence albertaine de réglementation de l’énergie s’intéressent aux 15 entreprises possédant le plus grand nombre de sites à abandonner (à reboucher) d’une part et à restaurer (remettre à l’état naturel en retirant les équipements) d’autre part. En ce qui concerne les 15 entreprises possédant le plus de puits à abandonner, les résultats sont les suivants :

Catégorie, puits à abandonner

Temps estimé pour effectuer les travaux

Meilleure entreprise

14 ans

Pire entreprise

1 165 ans

Moyenne des 15 entreprises

288 ans

Moyenne de l’industrie

132 ans

Dans le cas 15 entreprises possédant le plus de sites à restaurer, l’étude indique les délais suivants, au rythme actuel des travaux :

Catégorie, site à remettre en état

Temps estimé pour effectuer les travaux

Meilleure entreprise

51 ans

Pire entreprise

2 830 ans

Moyenne des 15 entreprises

467 ans

Moyenne de l’industrie

198 ans

Les travaux pourraient donc ne pas être complétés avant l’année 4849, ce qui signifie qu’ils s’étaleront sur 93 générations. Cette situation est évidemment intenable, mais aucun correctif n’a encore été annoncé.

Compte tenu de ces nouvelles données, l’agence de réglementation estime aussi que la facture prévue de 57 milliards de dollars est largement sous-estimée. Elle pourrait atteindre 260 milliards de dollars, soit 130 milliards pour la restauration des sites d’exploitation des sables bitumineux, 100 milliards de dollars pour la fermeture et la restauration des puits de pétrole et de gaz et 30 milliards de plus pour le démantèlement des pipelines. Rappelons qu’à ce jour, les entreprises n’ont contribué qu’à la hauteur de 1,6 milliard de dollars, dont seulement 200 millions ont été consacrés à la restauration de puits.

Il existe un fort risque que l’industrie ne respecte jamais ses engagements et que les contribuables doivent assumer la facture. En avril dernier une entreprise gazière de Calgary, Trident Exploration, a fermé ses portes en laissant 4 700 puits orphelins. La facture de restauration est estimée à 329 millions de dollars. Par ailleurs, les municipalités rurales de l’Alberta se plaignent que les entreprises pétrolières cumulent 81 millions de dollars de taxes foncières impayées, ce qui donne à penser que beaucoup d’autres entreprises sont en difficulté.

Rob Wadsworth réclame une réglementation plus sévère, mais il est loin d’être certain qu’il sera entendu au sein de sa propre agence. À la demande de l’industrie, l’agence réglementaire pense accélérer le traitement des demandes des permis de forage. Le délai « d’examen des demandes » passerait de cinq jours à… 15 minutes.

Sources :

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