Le palmarès des plus grands producteurs pétroliers de 2040

En 2040, l’Arabie sera toujours le premier producteur pétrolier du monde, mais la puissance des États-Unis ou de la Russie ne sera plus qu’un souvenir. Le numéro 2 du pétrole sera le Canada, l’un des six pays seulement à ne pas encore avoir atteint son pic de production. Le taux de déclin des autres pays sera de 5 % par année en moyenne et la production mondiale aura déjà plafonné dès 2016. Ce sont là les principaux résultats d’une récente étude de Jean Laherrère sur les progrès de la déplétion pétrolière.

Cette grande étude représente le cumul de plusieurs études de pays réalisées par l’expert pétrolier ces dernières années. Elle représente une somme de travail titanesque, l’auteur ayant calculé la courbe de déclin de chaque pays à l’aide de trois méthodes différentes pour éliminer toutes les sources d’erreur. Bien que basée sur les données de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), elle ne tient compte que du « véritable » pétrole (brut conventionnel, extralourd et non conventionnel) en excluant les divers produits (gaz naturel liquéfié, agrocarburants, carburants de synthèse) qui gonflent artificiellement les résultats courants de l’AIE.

Premier constat : le monde aurait atteint le pic du « vrai pétrole » en 2016. Ce résultat est à manipuler avec précaution. Dans la mesure où les données de l’AIE comportent une bonne marge d’erreur, la véritable date pourrait être un peu plus tardive. Elle montre toutefois à quel point la situation pétrolière est tendue en ce moment. Les succès passagers des États-Unis, de l’Arabie ou de la Russie masquent un déclin lent, mais soutenu des autres pays.

Deuxième constat : Si l’on tient compte des pics nationaux récents et qui restent à confirmer (États-Unis, 2015; Russie, 2017, Arabie Saoudite, 2016) il ne reste en tout que six pays dont la production n’est pas encore plafonnée : le Brésil, le Canada, le Émirats arabes unis, l’Irak, le Kazakhstan et le Venezuela. Parmi ces pays, l’un est un nouveau joueur (le Brésil, avec ses champs offshore à très grande profondeur), deux ont vu leur production retardée par des crises politiques (Irak, Venezuela) et trois dépendent de bruts extralourds ou très contaminés (Canada, Kazakhstan, Venezuela).

Troisième constat : Après avoir passé leur pic et une courte période de stabilisation, la plupart des pays voient leur production décliner au rythme moyen de 5 % par année. Leurs efforts de recherche et de mise en production ne parviennent donc pas à compenser les effets d’une déplétion avancée. Au niveau mondial, ce déclin rapide a été compensé jusqu’ici par l’exploitation massive des régions présentant encore un potentiel de croissance, mais seuls le Canada et le Venezuela n’auront pas encore atteint leur pic en 2040.

Quatrième constat : La production cumulative de pétrole dans le monde des origines à 2017 est de 1350 milliards de barils, soit la moitié à peu près de la « production ultime » la qualité totale qui peut être extraite sur la base de la géologie (le monde pourrait théoriquement s’entendre pour sortir du pétrole d’ici là). Le pétrole qui reste est toutefois de moins bonne qualité et plus difficile à produire. Sa production, qui est actuellement de l’ordre de 81 millions de barils par jour, pourrait glisser à 64 Mb/j en 2040, ce qui éviterait un choc très brutal et constituerait un niveau suffisant pour organiser une transition ordonnée vers d’autres formes d’énergie.

Palmarès des producteurs pétroliers en 2040 (compilé d’après Laherrère)

Palmarès pétrole 2040

Les résultats mondiaux reflètent tous les pays producteurs, pas seulement les dix pays du palmarès. Mb/j signifie « millions de barils par jour » et Gb signifie « milliards de barils ». Notons aussi que l’avenir du Venezuela est incertain et dépend d’un relèvement politique et d’investissements massifs dans les sables bitumineux de l’Orénoque.

 

Source :

Jean Laherrère, Extrapolation of oil past production to forecast future production in barrels (31 août 2018, 118 pages)

 

4 réflexions sur “Le palmarès des plus grands producteurs pétroliers de 2040”

  1. Quel travail titanesque.
    Le pic pétrolier pourrait donc avoir lieu en ce moment avec une incertitude de +/- 10 ans.
    Dans la mesure ou la population mondiale des 15-65 ans atteint elle aussi son pic en ce moment, de toute manière, la croissance économique va s’arrêter. [cf les travaux de Chris Hamilton]
    On ne pourra pas savoir si c’est du au pétrole, aux inégalités, ou à la démographie, ou à une combinaison des 3.

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      1. Je ne suis pas sûr qu’on le saurait non parce que les chiffres sont « traffiqués » (cf notamment l’excellent article de Lahererre que vous avez poussez récemment).
        Il y a une grosse différence entre le volume en baril qui croit et le la quantité de BTU qui croit, je ne vous apprends rien. J’avais essayé d’y voir plus clair la dessus il y 5 ou 6 ans (sur l’énergie réelle extraite) mais je n’avais pas réussi avec mes faibles moyens à trouver de réponse (je ne vous dit pas la joie que ma procuré la lecture de l’article de Jean).

        Donc il se peut qu’on l’ai déjà passé sans le savoir et que la ‘crise de 2008 qui n’en fini pas » soit justement la traduction « masquée » du pic.
        Mais je ne dis pas que c’est le cas, je dis juste qu’il y a des incertitudes.

        Toujours est-il que votre blog est vraiment excélent, et j’ai la prétention d’avoir assez bien étudié le sujet 😉

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  2. Ce travail intéressant de Laherrère est technique, un effort de mettre de l’ordre dans les estimés des réserves à l’échelle mondiale. Celles-ci incluent les sables bitumineux du Canada et du Venezuela; pour le Canada, il prend une sorte de moyenne des estimés des réserves pour établir le pic de l’exploitation ici, vers 2040 (le pic pour le pétrole conventionnel était 1973). Laherrère ne cherche pas à poser d’autres questions dans l’approche de l’économie biophysique (ceci n’est pas une critique), comme sur le rendement énergétique de cette exploitation de réserves non conventionnelles et sur la possibilité de maintenir (ou augmenter) la production en fonction de différents facteurs comme celui touchant le prix ou des contraintes associées à des mesures mises en place pour réduire les émissions de GES. Il note que ces facteurs compliquent l’effort d’estimer les réserves canadiennes.

    Ce serait intéressant d’essayer d’imaginer comment les sociétés humaines affronteraient le défi de gérer la transition en fonction d’une réduction dans la production de 81 Mb/j aujourd’hui à 64 Mb/j en 2040, soit une réduction de 21%. Je soupçonne qu’on se trouverait avec certaines difficultés, en tenant compte de votre document sur la (non) transition publié cet été…

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