L’Amérique latine devient un importateur net de pétrole

L’Amérique latine consomme aujourd’hui plus de pétrole qu’elle n’en produit et à ce titre, est devenue une région importatrice de pétrole. C’est la conclusion à laquelle en arrive l’analyste argentin Demián Morassi, à la lumière des données publiées dans la récente édition du BP Statistical Review of World Energy. Cette nouvelle donne n’est pas une surprise complète, dans la mesure où l’Amérique latine a atteint son pic de production pétrolière dès 2006.

J’avais déjà annoncé en avril qu’un grand exportateur traditionnel, le Mexique, était devenu un importateur net à la fin de 2018 en raison de l’effondrement de sa production pétrolière. Le cas du Venezuela est également bien connu. Même si l’on ne tient pas compte du Venezuela, l’Amérique latine dans son ensemble connaît un lent déclin depuis 2016. Les succès pétroliers du Brésil ne suffisent pas à contrebalancer cette tendance générale.

2019 Gráfico 1.1 Petróleo producción

2019 Gráfico 1.2 Petróleo consumo

Si l’on regarde les chiffres, on constate que l’Amérique latine a connu son pic de production en 2006, à 11,2 millions de barils par jour. Elle est aujourd’hui de l’ordre de 8 millions de barils. La consommation intérieure, pour sa part, a continué à augmenter jusqu’en 2013, lorsqu’elle a atteint un sommet de 9 millions de barils. En 2018, elle était également retombée à environ 8 millions de barils par jour, créant une égalité entre production et consommation.

2019 Gráfico 1.0 Energía producción vs consumo

Comme il y a tout lieu de croire que la production pétrolière continue de baisser au même rythme, l’Amérique latine est vraisemblablement en déficit en ce moment même. Qui plus est, la production d’énergie sous toutes ses formes est devenue inférieure à la consommation sous toutes ses formes en 2018.

2019 Gráfico 1.3 gas producción

2019 Gráfico 1.4 gas consumo

La production de gaz naturel est également déficitaire depuis des années. Elle a atteint un pic à 196 millions de TEP (tonnes d’équivalent-pétrole) en 2014. La consommation pour sa part, a atteint son sommet à 223 millions de TEP en 2017, avant de connaître un léger glissement en 2018.

La production de charbon a atteint un sommet en 2014 à 75 millions de TEP, ce qui demeure assez marginal. Le déclin depuis a été modéré et tous les besoins de l’Amérique latine (un peu moins de 50 millions de TEP) sont largement couverts. Cette baisse de la production est probablement plus liée à une diminution de la demande mondiale qu’à un problème d’approvisionnement, bien que les données ne permettent pas de trancher avec certitude.

2019 Gráfico 1.7 renovables consumo

La production d’énergie renouvelable continue d’augmenter, mais à un rythme très modéré, qui ne compense pas le déclin de la production des énergies fossiles. Elle a atteint le niveau de 224 millions de TEP en 2018, ce qui en fait une source d’énergie plus importante que le gaz naturel en Amérique latine. L’hydroélectricité en représente la part du lion, suivie de très loin par la biomasse, puis par l’éolien. La part du solaire est négligeable.

Reste à savoir si la production pétrolière latino-américaine a atteint un sommet permanent, ou si elle peut encore connaître un rebond. Le Venezuela dispose bien entendu d’énormes réserves de pétrole extralourd sous forme de sables bitumineux, mais ceux-ci sont enfouis à 1500 mètres de profondeur et seraient très coûteux à exploiter même si la situation politique du pays s’améliorait. La découverte de 4,5 milliards de barils en Guyane, en 2018, correspond aux réserves prouvées de la Colombie, de l’Équateur et du Pérou combinés, ce qui est intéressant sans fondamentalement changer la donne.

Demián Morassi ne s’intéresse malheureusement pas aux causes du déclin marqué de la consommation pétrolière depuis 2013 (de 9 à 8 millions de barils en cinq ans seulement). Pourquoi cette baisse? Concurrence des agrocarburants? Des renouvelables? Ou diminution de la production industrielle? Du niveau de vie? Il serait intéressant que les experts de l’Amérique latine se penchent sur la question, car les produits pétroliers représentent toujours 45 % du mix énergétique de cette région.

Sources :

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